Un risque majoré de cancer avec des antidiabétiques

Feb 25, 2019 par

En France, en 2015, 3,7 millions de Français prenaient au moins un médicament contre le diabète de type 2, une maladie chronique en constante augmentation dans les pays développés. Si l’arsenal thérapeutique contre le diabète ne cesse de se développer, certaines études pointent du doigt les effets indésirables liés à ces médicaments. Récemment, une étude a ainsi associé une classe de médicaments antidiabétiques avec un risque accru de cholangiocarcinome.

Antidiabétiques et cholangiocarcinome

Antidiabétiques et cancers du foie

Parmi les médicaments antidiabétiques récents, se trouvent les incrétinomimétiques, qui correspondent à deux classes de médicaments :

  • Les inhibiteurs de la dipeptylpeptidase-4 (iDPP-4) ou gliptines, comme la sitagliptine ;
  • Les agonistes du récepteur du glucagon-like peptide 1 (GLP-1), comme l’exénatide.

Ces médicaments indiqués dans le traitement du diabète de type 2 sont soupçonnés d’augmenter le risque d’un cancer rare du foie, le cholangiocarcinome.

Les cholangiocarcinomes sont des cancers des voies biliaires, qui se développent à partir des cellules biliaires, appelées les cholangiocytes. Ces cancers primitifs du foie présentent la particularité de pouvoir se développer sur un foie sain. Il existe trois types de cholangiocarcinomes, en fonction de la localisation de la tumeur :

  • Le cancer de la vésicule biliaire ;
  • Le cholangiocarcinome intra-hépatique ;
  • Le cholangiocarcinome extra-hépatique.

Les médicaments de 2ème ou 3ème ligne pointés du doigt

Deux études s’étaient intéressées jusque-là à l’éventuel lien entre les antidiabétiques incrétinomimétiques et le risque de cholangiocarcinome. L’une des études mettait en évidence une augmentation de 60 % du risque de cancer, tandis que l’autre montrait une réduction du risque de 25 %, par rapport au placebo. Non seulement les résultats de ces deux études sont contradictoires, mais les données recueillies n’étaient pas suffisamment puissantes pour conclure.

Pour savoir si les antidiabétiques incrétinomimétiques peuvent ou non augmenter le risque de cholangiocarcinome, des chercheurs britanniques ont mené une nouvelle étude sur 154 162 adultes diabétiques de type 2 traités par différents médicaments antidiabétiques et suivis sur une période moyenne de 4,6 ans.

Sur l’ensemble des participants de l’étude :

  • 21,2 % ont été traités par un iDDP-4 ;
  • 4 % ont été traités par un agoniste des récepteurs du GLP-1 ;
  • 2,9 % ont été traités par une association de ces deux types d’antidiabétiques ;
  • 105 cas de cholangiocarcinomes ont été recensés.

Un risque de cancer globalement faible

L’analyse des résultats a révélé que le traitement par un iDPP-4 augmentait le risque de cholangiocarcinome de 77 %. Dans le cas des agonistes des récepteurs du GLP-1, le risque de cancer était également augmenté, mais pas de façon significative.

Par ailleurs, aucune association n’a pu être mise en évidence entre les taux sanguins d’insuline et l’augmentation du risque de cholangiocarcinome. A partir des données de pharmacovigilance, le risque de cancer du foie sous traitement par des iDDP-4 ou des agonistes des récepteurs du GLP-1 était significativement augmenté par rapport à des traitements par des sulfonylurées, comme le gliclazide ou par des thiazolidinediones ou glitazones, comme la rosiglitazone.

Cette récente étude britannique met en évidence une augmentation du risque de cholangiocarcinome, une forme rare mais grave de cancer hépatique, chez les patients diabétiques traités par un iDDP-4 ou dans une moindre mesure par un agoniste des récepteurs du GLP-1. Les auteurs de l’étude insistent cependant sur le fait que le risque global de développer un cholangiocarcinome reste faible, et qu’il ne faut surtout pas oublier l’efficacité importante de ces médicaments sur le contrôle du diabète et de ses complications.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Incretin based drugs and risk of cholangiocarcinoma among patients with type 2 diabetes: population based cohort study. Abrahami, D. and al. 2018. British Medical Journal. 363:k4880.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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