Le diabète peut endommager la vision de manière progressive et silencieuse. Les atteintes oculaires liées à cette maladie, en particulier la rétinopathie diabétique, évoluent souvent sans douleur ni symptôme avant d’atteindre un stade avancé. Un dépistage précoce et un suivi ophtalmologique régulier permettent cependant de prévenir les complications les plus graves et de préserver la vue sur le long terme.

Lorsque l’on pense au diabète, on l’associe spontanément à un problème de glycémie. Pourtant, ses conséquences dépassent largement la simple élévation du sucre dans le sang. « Le diabète entraîne une accumulation de sucre dans le sang qui va modifier la circulation sanguine et altérer la paroi des vaisseaux », explique le Dr Ayello Scheer, chirurgien ophtalmologiste à l’Hôpital national des 15-20 à Paris.
Cette altération de la paroi des vaisseaux sanguins peut se traduire par un rétrécissement des vaisseaux, provoquant un manque d’oxygénation des tissus, ou par une augmentation de leur perméabilité, responsable de fuites de liquide vers les tissus environnants. « Ces deux phénomènes touchent les petits comme les gros vaisseaux, donc au niveau de l’œil, ce sont les petits vaisseaux rétiniens qui sont concernés », précise-t-elle.
C’est ce mécanisme que l’on appelle la microangiopathie diabétique, à l’origine de la majorité des atteintes oculaires liées au diabète.
La rétinopathie diabétique, principale menace pour la vue
L’atteinte oculaire la plus fréquente chez les personnes diabétiques est la rétinopathie diabétique. « C’est le vrai problème dans le diabète », souligne le Dr Ayello Scheer. Elle correspond à une atteinte des vaisseaux de la rétine, ce tissu nerveux essentiel qui capte la lumière et transmet l’information visuelle au cerveau.
D’autres complications peuvent exister – atteinte du nerf optique, cataracte plus précoce, glaucome – mais elles restent secondaires par rapport à la rétinopathie diabétique. Dans les pays industrialisés, celle-ci demeure « une cause majeure de cécité avant 65 ans », notamment en lien avec l’augmentation du diabète de type 2.
Une maladie longtemps silencieuse, sans douleur ni symptôme
L’une des grandes difficultés de la rétinopathie diabétique est son évolution insidieuse. « Il n’y a pas de douleur, aucun symptôme, avant que la maladie ne soit déjà très évoluée », insiste l’ophtalmologue.
Lorsque des troubles visuels apparaissent, les lésions sont souvent avancées, parfois irréversibles. « Quand la rétinopathie diabétique devient symptomatique, c’est malheureusement déjà tard », prévient-elle. D’où l’importance cruciale du dépistage, même en l’absence de gêne visuelle.
Quand et à quelle fréquence consulter un ophtalmologue ?
Le suivi ophtalmologique est totalement indépendant du port de lunettes, et de la vision. « Ce qui compte, ce n’est pas la correction en lunettes ou la vision encore non atteinte, mais le diabète lui-même », rappelle le Dr Ayello Scheer.
La stratégie de dépistage dépend du type de diabète. Pour le diabète de type 1, apparu dans l’enfance, le premier examen ophtalmologique est recommandé après plusieurs années d’évolution de la maladie. Ces patients sont généralement bien suivis, même si l’adolescence reste une période à risque de décrochage.
En revanche, le diabète de type 2 pose davantage de problèmes. « C’est souvent un diabète longtemps asymptomatique, découvert tardivement », explique-t-elle. Dans le cas d’un diabète de type 2, dit « sucré », un examen ophtalmologique doit être réalisé dès le diagnostic, car la maladie peut avoir évolué depuis plusieurs années sans être détectée.
Ensuite, la fréquence des contrôles est individualisée. « C’est l’ophtalmologiste qui décide du rythme du suivi, en fonction du stade de la rétinopathie, de l’équilibre du diabète et des autres facteurs de risque », précise la spécialiste.
Un suivi souvent sous-estimé par les patients
Dans le parcours de soins, la consultation ophtalmologique fait théoriquement partie du suivi du patient diabétique. Mais dans la réalité, certains passent encore entre les mailles du filet. « Le diabète est souvent minimisé : on parle de “petit diabète”, alors que cela n’existe pas », observe le Dr Ayello Scheer.
Certaines rétinopathies peuvent apparaître y compris si le diabète semble modéré, tandis que d’autres patients très déséquilibrés développeront des atteintes plus tardives. « C’est imprévisible, et c’est pour cela que le dépistage systématique est indispensable », insiste-t-elle.
Quels traitements en cas de rétinopathie diabétique ?
Lorsque la rétinopathie est débutante, l’équilibre du diabète, de la tension artérielle et une activité physique régulière peuvent suffire à stabiliser et même faire régresser les lésions. « La marche quotidienne, dans une optique de détente et de régularité, est idéale », conseille l’ophtalmologue.
À des stades plus avancés, des traitements spécifiques peuvent être nécessaires, comme le laser, les injections intra-oculaires ou, dans certains cas, la chirurgie intra-oculaire. « Le laser n’est pas la cause de la perte de vision, contrairement à ce que certains patients craignent », précise-t-elle. Il est proposé parce que la maladie est déjà évoluée et qu’il devient indispensable pour limiter les dégâts.
La chirurgie reste un traitement lourd, avec une récupération progressive, mais « il existe toujours des solutions thérapeutiques, et il est important de réaliser que l’on peut guérir ou stabiliser une atteinte rétinienne liée au diabète ».
Le message clé : dépister tôt et agir globalement
Pour le Dr Ayello Scheer, le message principal est clair : « Dès qu’un diabète est diagnostiqué, il faut réaliser un fond d’œil ». Les techniques actuelles permettent souvent de le faire sans dilatation, rendant l’examen plus simple et mieux accepté.
Ensuite, la prévention repose sur un équilibre global : contrôle de la glycémie, de la tension artérielle, arrêt du tabac, gestion du stress et activité physique régulière et adaptée. « L’exercice doit être faisable au quotidien et apporter de la détente, pas une contrainte supplémentaire », conclut-elle.