Quand la CPAM remboursait les “régimes au Mediator”…

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Selon les données fournies par la Caisse nationale d’Assurance-maladie, la Côte-d’Or est l’un des 15 départements Français où le Mediator était le plus consommé. Explications.

Le Mediator est responsable de 1 800 décès.  Photo AFP

Le Mediator est responsable de 1 800 décès. Photo AFP

La Côte-d’Or n’est pas un département particulièrement touché par le diabète. En effet, selon les chiffres de l’Institut national de veille sanitaire, la prévalence du diabète dans le département concerne entre 4,01 % et 4,51 % de la population générale. Et pourtant, en 2009, la Côte-d’Or faisait partie des 15 départements français où les prescriptions de Mediator étaient les plus importantes. Étonnant quand on sait que ce médicament, responsable de nombreux décès, est en premier lieu antidiabétique.

Des prescriptions indues

Pourtant, selon les chiffres révélés par le collectif Initiative transparence santé, 4 331 personnes ont consommé du Mediator entre le 1er novembre 2008 et le 31 octobre 2010 dans le département. Soit 0,805 % des Côte-d’Oriens. Ce qui place la Côte-d’Or en 15e position des consommateurs de Mediator en pourcentage de population. Pour le collectif Initiative transparence santé, qui s’est battu pour obtenir ces documents auprès de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), le but est « d’identifier les caisses qui auraient effectué un contrôle un peu plus rigoureux que les autres ».

Pour rappel, ce médicament, responsable d’environ 1 800 décès en France, n’était pas uniquement prescrit afin de soigner le diabète. Car le Mediator était aussi très souvent prescrit pour aider à la perte de poids. Peut-être plus à Dijon qu’ailleurs. « À Dijon, de nombreux médecins se sont spécialisés dans les questions de nutrition et d’obésité », note le professeur Verges, chef du service diabétologie au CHU de Dijon. « On peut donc penser que beaucoup de patients sous Mediator l’étaient pour des raisons d’obésité plutôt que pour lutter contre le diabète. »

On note ainsi que dans le département du Doubs, à la population proche de celui de la Côte-d’Or, seulement 2 520 personnes ont consommé du Mediator sur la même période. Dans ce département pourtant, le taux de diabète n’est pas plus élevé qu’en Côte-d’Or. « On peut se dire que l’action de lobbying des laboratoires a été importante en Côte-d’Or », reconnaît aussi Gérard Escano, directeur régional du service médical de Bourgogne Franche-Comté à la CPAM.

Ces traitements contre l’obésité, qui n’auraient pas dû être prescrits n’auraient, surtout, « pas dû être remboursés par la CPAM » de Côte-d’Or, remarque le professeur Verges. De nombreux médecins ont donc abusé de la CPAM en ne signalant pas qu’ils prescrivaient le Mediator pour provoquer une perte de poids. Dans ce cas, en effet, la CPAM n’aurait pas remboursé le médicament. « À l’époque, nous n’avions pas d’éléments pour penser que le Mediator était prescrit pour d’autres raisons que le diabète », justifie Gérard Escano. Et le médicament n’était pas considéré comme dangereux.

Des remboursements à tort

Difficile de connaître le nombre de prescriptions indues, mais ce sont sans aucun doute des centaines de pilules qui ont été avalées pour de mauvaises raisons. « On peut supposer qu’en Côte-d’Or, de nombreuses prescriptions ont été réalisées hors AMM (Autorisation de mise sur le marché) », estime le professeur Bruno Verges, « et les prescriptions pour de mauvaises raisons ont dû être plus fréquentes que dans certains départements ».

Prescriptions qui étaient remboursées par la CPAM, qui a donc laissé passer de nombreuses ordonnances sans vérification. « Lorsqu’un médicament n’est pas considéré comme dangereux, nous n’avons pas les moyens de contrôler toutes les ordonnances », reconnaît de Gérard Escano. On peut d’ailleurs penser que la situation n’a pas changé, et qu’aujourd’hui, de nombreux médicaments prescrits hors AMM restent remboursés par la CPAM.

Quant aux médecins qui ont prescrit du Mediator à tort, ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Aucune action n’a été engagée a posteriori contre ces prescripteurs hors AMM qui ont pourtant, sans le savoir, abîmé la santé de centaines de patients, et abusé la Sécurité sociale. Seule la justice pourrait désormais changer cela. Sans grande illusion.

Source : http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2014/02/20/quand-la-cpam-remboursait-les-regimes-au-mediator    Publié le 20/02/2014

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