L’académie de chirurgie s’alarme de l’absence de suivi après chirurgie bariatrique

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Paris, France — Une réunion d’experts en chirurgie digestive sur le devenir des patients traités par chirurgie bariatrique s’est tenue début mars dans le cadre de l’Académie nationale de chirurgie [1]. Et ses conclusions sont alarmantes ! Le nombre d’interventions explose :47 000 en 2014, soit 200 000 personnes opérées en France à ce jour, avec un rythme de progression tel que 500 000 français seront concernés en 2020, or, les patients opérés qui ont souffert d’obésité – une pathologie multifactorielle – ne bénéficient que rarement d’un suivi médical, psychologique et nutritionnel idéal.

Pour le Pr François Pattou (CHRU Lille) : « en l’absence de suivi, la reprise de poids est inexorable après la chirurgie. Et le risque de complications carentielles (Gayet Wernicke, par exemple) et métaboliques (hyperoxalurie et insuffisance rénale) peuvent se révéler dramatiques ».

4 consultations la première année puis un à deux par an

En l’absence de suivi, la reprise de poids est inexorable après la chirurgie. Et le risque de complications carentielles et métaboliques peuvent se révéler dramatiques —Pr François Pattou

En 2009, la HAS a émis des recommandations opératoires et post-opératoires en prenant en compte les données disponibles à l’époque sur la chirurgie bariatrique : 4 consultations la première année, puis une à deux par an à vie [2]. L’HAS insistait sur le suivi médico-chirurgical (prévention et recherche des carences vitaminiques ou nutritionnelles, ou de complications du montage chirurgical), sur le suivi éducatif, psychologique voire psychiatrique chez les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire [3]. Mais pour l’Académie de chirurgie, « ces recommandations (HAS) ne sont peut-être plus opérationnelles aujourd’hui et la question de l’aspect du suivi devrait être revue ».

En dehors de centres spécialisés du traitement de l’obésité qui proposent des consultations pluridisciplinaires, le suivi des patients opérés ne colle que rarement aux recommandations : les chirurgiens ne sont pas formés à la recherche des carences nutritionnelles et vitaminiques et ils y consacrent peu de temps au cours de leurs consultations, les diététiciens et psychologues ne sont pas accessibles à tous car les consultations ne sont généralement pas remboursées (sauf accord particulier avec les mutuelles) et les supplémentations vitaminiques ont un coût – 30 euros par mois en moyenne, non remboursées.

« Une fois opérés, les patients considèrent qu’ils sont guéris »

Mais la réticence au suivi viendrait de certaines particularités psychologiques des patients. En effet, même dans les centres spécialisés qui proposent l’accès gratuit aux psychologues et aux diététiciens, les anciens obèses ne semblent pas sensibilisés à l’importance des soins post-opératoires. Pour le Pr Pattou, même s’ils sont initialement très demandeurs de l’intervention, « une fois les patients opérés, ils considèrent qu’ils sont guéris, alors qu’ils restent malades ». Il serait donc nécessaire que le patient soit parfaitement informé avant l’intervention de l’importance du parcours de soins après la chirurgie.

Que propose l’académie de chirurgie pour améliorer le suivi ?

– d’inciter l’Assurance Maladie à prendre en charge tous les aspects du suivi dans un contexte d’explosion du nombre des procédures ;

– de prendre exemple sur les Pays-Bas où les patients peuvent être financièrement pénalisés s’ils ne respectent pas le suivi post-opératoire défini par les autorités (cf encadré) ;

– de valoriser la cotation du suivi par les chirurgiens ;

– de proposer des journées de prises en charge ambulatoires pluridisciplinaires coordonnées par des infirmières ;

– de mettre en place des centres spécifiques du suivi de l’obésité.

L’exemple des Pays-Bas : 500 euros d’amende en l’absence de suivi

L’exemple des Pays-Bas a été exposé par le Dr Simon Hamer (Amsterdam, Pays-Bas). Il a insisté sur certaines particularités du système de santé de son pays :

– en moyenne, les habitants payent 150 euros par mois de mutuelle et la franchise de remboursement est de 400 euros ;

– le système de soins a pour particularité de donner un grand pouvoir aux mutuelles qui établissent des protocoles de prise en charge en accord avec les sociétés savantes. Dans le cas de la chirurgie bariatrique, la Dutch Society for Metabolic and Bariatric Surgery a été sollicitée ;

– dans ce petit pays, tous les patients sont à moins de 50 km d’un établissement hospitalier. Les patients obèses opérés peuvent choisir d’être suivi à l’hôpital qui a pratiqué l’intervention ou dans un centre pluridisplinaire spécialisé de l’obésité ( Dutch obesity clinic, qui est le choix de 60 % des patients).

– les consultations de suivi sont intégralement remboursées pendant les 5 premières années. Elles doivent avoir lieu à l’hôpital ou dans un centre de référence. Par la suite, c’est au généraliste de suivre le patient ;

– la supplémentation vitaminique et métabolique est intégralement remboursée ;

– l’accompagnement du patient est divisé en 5 phases : préparation, opération, changement de mode de vie, consolidation et suivi ;

– au total, 28 sessions de suivi sont définies pendant les 75 premières semaines ;

– le suivi peut être effectué individuellement ou en sessions de groupe ;

– si les patients ne se présentent pas à au moins 80 % des sessions de suivi, ils doivent payer une amende de 500 euros.

REFERENCES :

  1. Académie nationale de chirurgie. Réunion d’experts sur le « suivi du patient après chirurgie bariatrique ». Séance du 30 janvier 2015.
  2. HAS. Obésité : prise en charge chirurgicale chez l’adulte.
  3. HAS. Obésité : prise en charge chirurgicale chez l’adulte. Janvier 2009.

Source : http://www.medscape.fr/voirarticle/3601378?nlid=78720_2401   Publié le 25/03/2015

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