La santé malade

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Lorsque le corps médical se mobilise à juste titre ou non et revendique des demandes, les commentaires sont nombreux et souvent négatifs. Il ne s’agit pas dans ce billet de pleurer pour le nanti médecin mais d’expliquer le système de remboursement en matière de santé et de montrer les risques et les avantages du tiers payant.

Les différents systèmes de remboursement souvent mal compris par les patients et peu expliqués par les médecins.

-J’ai les 100 % j’avance jamais les frais.

Cette phrase, je l’entends au moins une fois par jour au cabinet. Parmis ce que le patient pense être le 100% il existe différentes explications.

1) Le patient est atteint d’une affection chronique dite affection longue durée. Il s’agit de l’ALD. Prenons par exemple le diabète. Le diabète est une affection longue durée, entendons une maladie chronique, qui figure parmi la liste des ALD. Le patient sera donc pris en charge à 100% par la sécurité sociale pour tous les actes relatifs au diabète. Si le patient vient donc pour un rhume, il ne s’agit pas d’une pathologie directement liée à son diabète donc il bénéficiera d’un remboursement par la sécurité sociale et par sa mutuelle. Malheureusement, souvent le patient ne comprend pas et ne prend pas de mutuelle et ne veut pas payer la part complémentaire qui lui est du. Alors comme tout travail mérite salaire, souvent le médecin fait passer l’acte sur l’ALD 100%

2) Ensuite il y a le 100% en cas d’invalidité. Les personnes ayants des limitations psychiques et/ou physiques qui ne peuvent donc pas subvenir à leur besoin sont remboursés par la sécurité sociale. Je vous avoue que moi-même médecin, cette catégorie représente un obscurantisme pour moi. Je n’ai jamais eu lors de mon cursus une formation à la gestion de tous ces régimes.

3) Et puis, il y a le 100% où en fait le patient est remboursé en partie par la sécurité sociale et l’autre partie par sa mutuelle.

Maintenant revenons à l’histoire du tiers payant généralisé.
Le tiers payant généralisé, c’est l’absence d’avance de frais. Je veux seulement expliquer ce que cela implique. Le médecin est conventionné avec la sécurité sociale. Il peut donc vous faire l’avance de frais de la part sécu sur la consultation. Pour ce qui en est de la part complémentaire (la part mutuelle) il faut que le médecin soit conventionné avec votre mutuelle. Il existait en 2011 selon les Echos.fr, 719 mutuelles en France. Il faut donc que le médecin soit conventionné avec les 719 mutuelles. C’est-à-dire 719 contrats à lire, remplir, signer et renvoyer.

Imaginons maintenant que votre médecin généraliste a bien signé ces 719 contrats et qu’il puisse faire le tiers payant généralisé. Il faut savoir que maintenant, ce n’est plus la sécurité sociale qui gère la transmission de vos feuilles de soins électroniques aux mutuelles, mais des prestataires de service. Autant vous dire qu’il en existe encore un grand nombre et que selon le prestataire, pour des raisons obscures (Argent?Informatique?), toutes les mutuelles ne pourront pas recevoir cette feuille de soins électronique. Votre médecin ne peut donc pas faire de tiers payant à tout le monde, même s’il est rempli de bonnes volontés.

Comme encore une fois, tout travail mérite salaire, comment arrive ce salaire après être passé par un lecteur de carte vitale, qui transmet à un prestataire qui le transmet à la sécurité sociale et à la mutuelle? Le salaire revient sous forme de paiement selon les transmissions du lecteur et non selon le nom du patient, ni de la date de la consultation. C’est un package. Il en est de même pour les mutuelles. Comment vérifier que parmi tous ces intermédiaires une partie de mon salaire n’a pas disparu? Je ne peux pas.
Interrogation aussi. Pour les patients bénéficiant l’AME, il n’existe pas de carte vitale, mais simplement une carte papier. Il faut donc continuer de remplir une feuille de soins papier que nous devons renvoyer à la sécurité sociale.

Les avantages de ce tiers payant :

Personnellement, en médecine générale, je ne pense pas que cela change grand chose pour les patients. La majorité des médecins généralistes en Province sont conventionnés secteur 1. C’est-à-dire qu’ils ne font pas de dépassement d’honoraire. Le patient ayant une maladie chronique ne paye déjà pas le médecin (enfin s’il le paye avec ses cotisations, mais il n’y a pas d’argent qui passe de main à main). Les patients les plus précaires bénéficient déjà du tiers payant avec la CMU-C. Il reste bon nombre de patients qui n’entrent pas dans ces catégories. Ces patients-là, arrivent à se payer le coiffeur, l’IPhone, l’écran plat, le McDO, les fringues de marques, je pense donc qu’il est raisonnable de penser qu’ils peuvent parfois avancer 23 à raison de 5 fois par an. Sachant qu’ils seront remboursés. Il est, par contre, plus compliqué d’avancer de l’argent pour une hospitalisation par exemple, je le concède.Comprenez que maintenant votre mutuelle vous rembourse 6,90 euros et que la sécurité sociale vous rembourse 15euros 10. Il reste un euro à votre charge 1 euro sur 23 euros. Mais que devient cet euro maintenant ? Vous n’avancez plus donc, on ne peut plus retenir cet euro. La sécurité sociale rembourse directement le médecin. A tient le médecin sera donc payé 22 euros la consultation ou alors nous serons payés 23euros. Qui paiera cet euro par consultation : la mutuelle ou la sécurité sociale bien endettée ? Ou mieux, le médecin sera payé 22 euros, on abaissera donc son salaire.

Les risques pour le patient:

Je ne fait pas ce métier pour gagner 10X le salaire moyen alors si les sous arrivent à plus de retard cela m’est égal. Par contre, alors que les patients disent renoncer aux soins pour des raisons financières, je dis attention danger. Malheureusement, les revendications d’ordre financier par certains de mes confrères ont masqué ce grand danger pour les malades.

Comprenez que maintenant votre mutuelle vous rembourse 6,90euros et que la sécurité sociale vous rembourse 15euros 10. Ce problème s’il prétend résoudre l’accès aux soins, ne résoud pas le problème du déficit de la sécurité sociale. Maintenant, vous que vous n’avancez plus les frais, vous ne savez plus la part que paye la sécurité sociale aux médecins et la part de la mutuelle. Et si pour combler ce déficit de la sécu, la part de remboursement des mutuelles venait à augmenter. Qui ne vous dit pas que dans 5 ans par exemple sur une consultation à 23 euros : 6€90 est la part qu’investira la sécurité sociale et 15€10 celle de votre mutuelle.

Que feront alors les mutuelles ? Elles viendront combler le déficit à la source en augmentant leur cotisation. Et dans 10 ans ou 20 ans? Qui nous dit que les 23euros ne seront entièrement payé par votre mutuelle? Ha tient, nous serons donc alors dans le cadre d’une régime de santé d’assurance privée. Et que nous en reviendrons au même problème : l’accès aux soins pour les plus défavorisés.

Ajoutons un autre risque. Je tiens à rappeler, enfin selon ma vision, que le métier de médecin généraliste est un métier de prévention et d’éducation. Prenons l’exemple des antibiotiques. Certains patients les réclament de façon systématique au moindre rhume. Le patient qui n’avancera plus les frais ne sera pas dérangé pour faire 4 cabinets avant de trouver un médecin, qui par fatigue ou faiblesse lui en prescrira. Alors comptons, 4 consultations dont 15euros 10 payés par la sécu ça fait 60 euros 40 payés aux frais du contribuable.

L’avantage pour le médecin :

Croyez-moi, il y en a un et pas des moindres. Le risque pour le médecin qui devra employer quelqu’un pour gérer ses taches administratives de vérification de paiement, est la volonté d’augmenter son salaire afin de payer cette personne. Et avec le tiers payant, c’est une aubaine. Un patient qui vient juste me montrer une prise de sang alors qu’elle est normale et que cela m’a pris 5mn entre deux patients, je ne lui demande pas de me payer. Je trouve cela dépassé. J’aurai à la rigueur un acte de 3euros intitulé : « lecture de bilan biologique » je le ferai, car j’ai donné mon expertise. Mais 23euros non, je m’y refuse.

Maintenant pensons au médecin un peu plus vénal (ça existe, ils sont présents au même pourcentage que dans la population générale) qui lui n’hésitera pas à faire passer la carte et se fera payer 23 euros. Pareil pour la carte de la grand-mère qui n’a pas plus se déplacer mais pour qui il faut une ordonnance de pansement par exemple. Et oui, le patient n’avançant plus les frais, la réticence du paiement n’étant plus, les abus pourront alors être plus fréquents.

Alors le tiers payant généralisé pourquoi pas. Sous réserve :

-d’une meilleure gestion de la transmission des feuilles de soins
-d’une harmonisation des mutuelles
-d’un cadre précis, pré-définit assurant que les parts de remboursement des mutuelles n’augmenteront pas au risque de voir une inégalité d’accès aux soins
-de contrôler le nombre de consultation des médecins généralistes par jour
-de contrôler le nombre de consultation des patients.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/bastardmehdi/150115/la-sante-malade  Publié le 15/01/2015

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