Diabète : la surveillance du glucose interstitiel, sans piqûre, va-t-elle progresser ?

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Paris, France – L’autosurveillance glycémique sans la piqûre au bout du doigt : tous les diabétiques insulinodépendants y verraient une amélioration sensible, au moins en termes de qualité de vie. Un dispositif est en cours d’évaluation (Freestyle® Libre, Abbott), qui pourrait permettre la suppression complète ou quasi complète des piqûres.

Il faut naturellement rester prudent. Le sujet se développe sur les forums de patients, et un certain nombre de diabétologues et de MG ont dû l’entendre évoqué en consultation. Pour le reste, les résultats publiés sont minces, le nombre d’utilisateurs en France est de l’ordre de la centaine, seul le dispositif d’Abbott est actuellement commercialisé mais il n’est pas remboursé. Enfin Abbott semble en rupture de stock pour le moment.

Le site du NIH clinicaltrial.gov signale deux études en cours sur le FreeStyle® Libre, une étude d’extension chez l’enfant atteint de diabète de type 1 ou 2, la Abbott Sensor Based Glucose Monitoring System Paediatric Study, et une étude chez l’adulte diabétique de type 2, la Glucose Variability Pilot Study for the Abbott Sensor Based Glucose Monitoring System-Professional, dont les clôtures sont annoncées pour septembre et mai 2015 respectivement. On devrait donc disposer de nouveaux résultats dans les prochains mois, et vraisemblablement dès juin prochain, au congrès de l’American Diabetes Association 2015.

En attendant, Medscape France a voulu faire un point sur la question avec le Dr Kamel Mohammedi (diabétologue), qui suit une douzaine de patients utilisant ce dispositif à l’Hôpital Bichat (Paris).

Un capteur, un lecteur

Capteur

Le dispositif Freestyle® Libre se compose d’un capteur et d’un lecteur.

Le premier est une capsule de 3,5 cm de diamètre, adhérant à même la peau et portant une aiguille insérée en sous-cutané pour mesurer le glucose dans l’espace intercellulaire (on parle de glucose interstitiel, et non de glycémie, dont le suffixe désigne le taux sanguin).

Le lecteur, lui, est un boitier que l’on passe à proximité du capteur pour en lire les données.

Les taux de glucose interstitiel sont mesurés environ 300 fois par 24h. Le lecteur permet d’accéder à l’ensemble des données des 8 heures précédentes.

Lecteur

Enfin, le capteur doit être changé tous les 15 jours. La première mise en place est effectuée par une infirmière ; un dispositif d’insertion permet ensuite au patient d’être autonome.

Le glucose interstitiel

« La mesure du glucose interstitiel est utilisée depuis plus de 20 ans pour le contrôle continu du glucose », indique le Dr Mohammedi.

Des dispositifs ont été développés à plusieurs fins.

D’abord un holter, développé par Medtronic (Ipro®), porté en aveugle durant 7 jours, et qui permet après coup de suivre précisément la courbe hebdomadaire du glucose. Ce dispositif est « très peu utilisé », note le Dr Mohammedi.

Ensuite, les systèmes de mesure du glucose en continu (CGM-Real-Time). Dans cette catégorie, on trouve un système Medtronic (Enlite®) couplé à une pompe à insuline, un système Abbott (FreeStyle® Navigator) et un système Dexcom (Seven®).

« Ces dispositifs permettent de limiter le nombre de glycémies mais ne les suppriment pas », explique le Dr Mohammedi. « Il est en effet indispensable de les étalonner régulièrement ».

Enfin, le système FreeStyle® Libre, que le Dr Mohammedi décrit comme « un composite entre la CGM et l’autosurveillance glycémique ».

Le dispositif est « révolutionnaire parce qu’il n’est pas nécessaire de l’étalonner ». Les glycémies sont donc inutiles, « sauf en cas de valeurs extrêmes, pour lesquelles l’appareil perd beaucoup de précision ».

Seconde nouveauté : la réduction du décalage entre glycémie et glucose interstitiel. « Abbott affirme avoir raccourci ce délai à 5 minutes, là où les autres dispositifs de CGM présentent des retards de 10 à 15 minutes », indique le Dr Mohammedi.

Manque de résultats d’études, pas de remboursement

Quel avenir pour l’autosurveillance sans glycémie ? « A mon avis, ce type de système va, à terme, remplacer la CGM (continuous glucose monitoring) », estime le Dr Mohammedi.

Pour le moment toutefois, le FreeStyle® Libre dispose du marquage CE mais n’est pas remboursé. Le lecteur coûte environ 60 euros, de même que le capteur. Celui-ci doit être changé tous les 15 jours, soit un coût journalier de l’ordre de 4 euros.

« La CGM, elle, coûte 1,50 euros/j, et elle est remboursée » note le Dr Mohammedi. « L’écart n’est pas énorme, d’autant plus qu’on ne vise, en France, que la population des diabétiques de type 1 mal contrôlés ».

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que le coût d’une hypoglycémie avec intervention d’un tiers, est élevé. Au dernier congrès de la Société Francophone du Diabète, une étude niçoise avait chiffré ce coût à 2341 euros.

Il reste évidemment à montrer que l’autosurveillance basée sur le glucose interstitiel réduit effectivement les hypoglycémies.

En attendant, s’il est au moins prouvé que le dispositif est sûr, son utilisation peut-elle se développer aux frais des patients ? « En France, on a l’habitude de soigner gratuitement ; même les patients aisés n’ont pas l’habitude d’acheter leurs médicaments ».

L’autosurveillance des diabétiques sans mesures de glycémie apparaît être aujourd’hui une possibilité technique. Mais sur la base d’études quasi inexistantes, et sans remboursement, sa diffusion est marginale. Pour le moment.

Le Dr Kamel Mohammedi déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

Source : http://www.medscape.fr/voirarticle/3601444   Publié le 23/04/2015

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